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Rubrique : Comprendre

Sclérose en plaques : comprendre la fatigue que personne ne voit

Vous dormez, et vous vous réveillez sans force. Vous avez l'air en forme, dit-on, et il ne vous reste rien à seize heures. Cette fatigue touche la grande majorité des personnes qui vivent avec une sclérose en plaques, et elle ne se voit pas. Voici ce qu'on en sait, les mots pour la dire, et ce qui aide.

L'essentiel

  • La fatigue touche 75 à 95 % des personnes qui vivent avec une sclérose en plaques ; beaucoup la décrivent comme le symptôme le plus invalidant.
  • Elle ne ressemble pas à la fatigue ordinaire : le repos ne la répare pas, l'effort ne l'explique pas, la chaleur l'aggrave.

Pourquoi cette fatigue n'a-t-elle rien à voir avec « être fatigué » ?

Une femme assise seule à une table de cuisine, dans une véranda baignée de soleil
  • Écrit par Équipe éditoriale Youdom Care, rédaction, avec l'aide d'un outil d'écriture sous sa responsabilité
  • 6 min de lecture

L'essentiel

  • La fatigue touche 75 à 95 % des personnes qui vivent avec une sclérose en plaques ; beaucoup la décrivent comme le symptôme le plus invalidant.
  • Elle ne ressemble pas à la fatigue ordinaire : le repos ne la répare pas, l'effort ne l'explique pas, la chaleur l'aggrave.
  • Elle a des causes propres à la maladie et des causes annexes (sommeil, douleur, humeur, médicaments) que le neurologue peut rechercher.
  • Fractionner ses activités, alterner effort et repos, déléguer ce qui épuise : c'est ce que recommande l'Assurance Maladie.
  • Au travail, le temps partiel thérapeutique et la RQTH existent ; au quotidien, la PCH peut financer une aide humaine.

Pourquoi cette fatigue n'a-t-elle rien à voir avec « être fatigué » ?

Parce qu'elle ne suit pas les règles habituelles. Une fatigue ordinaire vient après l'effort et part avec le repos. Celle de la sclérose en plaques arrive sans effort particulier et résiste au sommeil. La fondation France Sclérose en Plaques le dit avec des mots que beaucoup reconnaîtront : on se couche fatigué et, malgré une bonne nuit, on se réveille fatigué.

Elle est aussi très fréquente. Selon la même fondation, elle touche entre 75 et 95 % des personnes atteintes, et jusqu'à 80 % la considèrent comme le symptôme le plus invalidant. Elle peut être permanente ou venir par vagues, dans la journée ou selon les périodes.

Elle a un autre trait : la chaleur l'aggrave, la fraîcheur la soulage. Un été, un bain trop chaud, une pièce mal ventilée suffisent à faire tomber l'énergie. France Sclérose en Plaques décrit ce phénomène d'Uhthoff comme une aggravation temporaire des symptômes quand la température du corps monte.

En France, la maladie concerne environ 110 000 personnes, avec 4 000 à 6 000 nouveaux cas par an, selon l'Inserm (dossier de septembre 2020). Elle débute en moyenne vers 30 ans, à l'âge des études, du travail et des enfants. C'est là que la fatigue frappe.

D'où vient-elle, et pourquoi en parler au neurologue ?

Les spécialistes distinguent deux fatigues, souvent mêlées. La fatigue primaire vient de la maladie elle-même : les dysfonctionnements du système nerveux central, l'inflammation. La fatigue secondaire vient d'à côté : un sommeil coupé, une douleur, une humeur basse, l'effet de certains médicaments, une anémie. France Sclérose en Plaques détaille ces deux mécanismes.

Cette distinction change tout pour vous. Sur la fatigue primaire, la marge est limitée. Sur la fatigue secondaire, il y a souvent quelque chose à faire : un sommeil à retrouver, une douleur à soulager, une humeur à accompagner. C'est pourquoi il faut la décrire précisément au neurologue, plutôt que de la considérer comme une fatalité.

Décrire, cela veut dire : à quelle heure elle tombe, ce qui la déclenche, ce qui la soulage, combien de temps elle dure, ce qu'elle vous empêche de faire. Un carnet tenu une semaine suffit.

Pourquoi l'entourage ne la voit-il pas, et comment en parler ?

Parce que rien ne se voit. Pas de plâtre, pas de canne certains jours, un visage reposé. France Sclérose en Plaques note que cette fatigue crée des malentendus avec un entourage qui ne comprend pas son intensité. Vous connaissez les phrases : « Tu as l'air en forme. » « Moi aussi je suis fatigué. » « Repose-toi ce week-end. »

Ces phrases ne sont pas méchantes. Elles rapportent votre fatigue à la leur. Le travail, c'est de leur donner une autre image.

Quelques images qui aident, à adapter à votre langue. La batterie qui se recharge à moitié la nuit. Le nombre de cuillères d'énergie du jour, qu'on dépense sans pouvoir en racheter. La chaleur qui fait fondre la réserve. Dites ce que vous pouvez faire aujourd'hui, pas ce que vous ne pouvez pas.

Aux enfants, dites la vérité à leur taille : « Ma maladie fatigue mon corps, même quand je dors. Ce n'est pas à cause de toi, et ça ne s'attrape pas. » Les enfants supportent mieux une explication qu'un mystère.

Et acceptez que certains ne comprennent pas. Vous n'avez pas à convaincre tout le monde. Une ou deux personnes qui savent, c'est déjà une base.

Comment organiser une journée avec une énergie limitée ?

L'Assurance Maladie donne la règle de base : fractionner ses activités, alterner les périodes actives et les périodes de repos. Cela paraît simple. En pratique, cela demande de renoncer à l'idée de tout faire d'une traite, et d'accepter de s'arrêter avant d'être à plat.

Trois pistes, à essayer une à la fois.

Placez ce qui compte aux heures fortes. Si vous êtes en forme le matin, le matin est pour le travail, les enfants, ce que vous aimez. Le ménage attendra, ou ira à quelqu'un d'autre.

Déléguez ce qui épuise et ne vous apporte rien. Le linge, les courses, l'aspirateur, le repassage : chacune de ces tâches se paie sur l'énergie du lendemain. Une aide à domicile quelques heures par semaine, un conjoint, un voisin, une commande livrée : peu importe qui, tant que ce n'est pas vous.

Gardez une activité physique adaptée. L'Assurance Maladie la cite comme un moyen de lutter contre la fatigue. Pas de performance : marcher, nager en eau fraîche, bouger avec un kinésithérapeute qui connaît la maladie.

Et surveillez la chaleur. L'Assurance Maladie rappelle qu'elle aggrave temporairement les symptômes : heures fraîches pour les sorties, douche tiède, pièce ventilée.

Travail : que dire, et quels droits avez-vous ?

La fatigue est souvent ce qui rend le travail le plus difficile, bien avant les troubles visibles. Vous décidez de ce que vous dites, et à qui. Le médecin du travail est un interlocuteur possible pour parler d'aménagements.

L'Assurance Maladie rappelle que la maladie, en évoluant par poussées, peut entraîner des arrêts de travail intermittents, et qu'une reprise à temps partiel thérapeutique est possible. Elle mentionne aussi la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), à demander à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

D'après service-public.fr, la RQTH ouvre droit à des mesures pour garder son emploi : horaires aménagés, adaptation du poste. C'est un outil, pas une étiquette.

Quelles aides quand la fatigue rend le quotidien trop lourd ?

Avant 60 ans, la prestation de compensation du handicap (PCH) peut financer une aide humaine : une personne qui vient pour les gestes du quotidien, les déplacements, la vie sociale. Elle se demande à la MDPH, en ligne ou par courrier, selon service-public.fr. Le dossier prend du temps : commencez avant l'épuisement, pas après. Notre page Tarifs et aides détaille ce qui reste à votre charge.

L'Assurance Maladie signale aussi les services sociaux des caisses et les associations. France Sclérose en Plaques informe et oriente ; des réseaux de santé et des centres de ressources SEP existent en Île-de-France.

Vous n'avez pas à prouver votre fatigue pour avoir le droit d'être aidé. Vous avez le droit de garder votre énergie pour ce qui compte.

Et concrètement, demain ?

  1. Notez votre énergie trois fois dans la journée, sur dix, pendant une semaine : vous verrez vos heures fortes et vos heures creuses.
  2. Choisissez une tâche qui vous épuise et qui peut attendre, ou être confiée à quelqu'un, cette semaine.
  3. Expliquez à un proche, avec une image simple, ce que fait cette fatigue : une batterie qui ne se recharge pas la nuit.

Sources

  1. Inserm, « Sclérose en plaques (SEP) » (dossier)inserm.frvérifiée le 17 septembre 2020 · consultée le 27 septembre 2026
  2. France Sclérose en Plaques (fondation, ex-ARSEP), « La fatigue et la sclérose en plaques »france-sclerose-en-plaques.orgconsultée le 27 septembre 2026
  3. France Sclérose en Plaques (fondation, ex-ARSEP), « Symptômes et poussées »france-sclerose-en-plaques.orgconsultée le 27 septembre 2026
  4. Assurance Maladie (ameli.fr), « Sclérose en plaques : suivi médical et vie quotidienne »ameli.frvérifiée le 2 avril 2025 · consultée le 27 septembre 2026
  5. service-public.gouv.fr, « Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) »service-public.gouv.frvérifiée le 24 mars 2026 · consultée le 27 septembre 2026
  6. service-public.gouv.fr, « Prestation de compensation du handicap (PCH) »service-public.gouv.frvérifiée le 1 juillet 2026 · consultée le 27 septembre 2026

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